05 - Comment devenir maquilleur ? (2e partie)

 

Après avoir vu, dans la première partie, le statut du maquilleur, la voie royale d'accès au métier, la carte professionnelle de chef maquilleur, comment choisir une école, et un programme minimum à connaître pour exercer correctement ce métier, voici comment faire pour trouver votre premier travail rémunéré en tant que maquilleur professionnel.

 

Votre book

Le book, que vous commencerez généralement à réaliser à l’école, sera votre carte de visite auprès des professionnels, aussi il vaut mieux qu’il vous serve bien pour leur donner envie de vous engager vous plutôt qu’un(e) autre.

Vous y mettrez vos travaux les plus représentatifs dans le domaine que vous aurez choisi pour y faire votre carrière : a) cinéma-spectacle, b) mode, photo, événementiel ou c) artistique. Vous le présenterez alors à des personnes aux profils différents, spécialistes de ces domaines, mais les photos devront présenter votre travail de maquillage, clairement, lisiblement, sans retouche, ni flou artistique, ni éclairage trop intensif masquant les qualités et/ou défauts de votre travail. Ce ne doit donc pas être des photos d’art, de photographe, mais juste des aide-mémoires sans trucage de vos compétences, des photos de maquilleur. Veillez-y soigneusement, c’est vital pour vous. Inutile aussi d'en mettre trop : une ou deux photos bien lisibles de chaque travail représentatif suffiront. Evitez les photos de groupe, ou backstage, souvent superflues qui ne montrent pas votre travail.

  • Un chef maquilleur de cinéma voudra savoir exactement comment vous travaillez au moment où vous venez le voir, pour savoir si vous êtes immédiatement opérationnel sur son futur projet ou si vous devez encore travailler tel ou tel point particulier. Présentez-lui des photos bien éclairées, bien lisibles quant à ce qu’elles représentent, et sans effets photographiques recherchés ni retouches qui ne l’intéresseront pas et ne vous seront donc pas utiles. Présentez-lui aussi des photos variées de styles utiles au cinéma : beautés diverses, naturelles et un peu sophistiquées, vieillissements, postiches, effets divers, maquillage artistique, etc… Mais n’abusez pas du sang qui est en maquillage ce que la mayonnaise est en cuisine : un cache misère.
  • Si vous postulez pour des effets spéciaux auprès d'un chef spécialisé, n'oubliez pas de présenter des photos claires et précises de vos empreintes, sculptures, moules et maquillages terminés afin qu'il se rende compte de votre façon de travailler, vraiment professionnelle et opérationnelle immédiatement ou encore amateur et pas vraiment intéressante pour lui sur un travail où budget et délai seront déjà serrés. Inutile d'en mettre beaucoup, il suffit qu'elles soient bien lisibles. Pensez que ce métier est de plus en plus difficile, et que seuls les meilleurs des meilleurs ont une chance d'être appelés sur un vrai boulot payé. Et encore ! les prix sont tirés vers le bas par ceux qui croient (à tort, rappelons-leur) qu'en acceptant de travailler gratuitement pour montrer leur compétence ils finiront pas se faire engager avec un bon salaire. C'est déjà faux dans la réalité, mais ça l'est encore plus s'ils n'ont pas vraiment la compétence nécessaire immédiatement pour faire ce travail précis et délicat : non seulement ils ne se valorisent pas, au contraire, mais ils font ainsi du tort à tout le monde en donnant mauvaise réputation à la profession. Un employeur mécontent  aura tendance à généraliser, alors qu'il est seul responsable d'avoir choisi la mauvaise personne en faisant un mauvais choix budgétaire. 
  • Ne vous extasiez pas sur vos photos : si c'était pour vous un exploit à vos débuts, il en a vu bien d'autres et sait vite détecter vos potentiels d'un coup d'œil, et repérer vos progrès d'une photo à l'autre. Ne vous offusquez donc pas s'il a l'air de survoler votre book : son temps est précieux et il a d'autres choses à faire même si vous souhaiteriez prolonger l'entrevue. Rares seront ceux qui pourront prendre du temps avec vous pour vous commenter votre travail, alors là, profitez-en intelligemment en cherchant non a corriger vos photos passées mais à voir ce que vous pourrez faire de mieux dans un proche avenir. Demandez à revoir cette personne pour lui montrer vos progrès et que vous avez su l'écouter et le comprendre. C'est à vous de faire cet effort. Pas l'inverse, en principe, mais il arrive que certains puissent vous consacrer un peu de temps. 
  • Un maquilleur de mode sera plus heureux de voir des photos de beauté que des photos de gorges tranchées…
  • Un maquilleur artistique préférera voir vos body-paintings que des vieillissements au latex.

Quoi qu’il en soit, après votre sortie d’école, on ne sera pas choqué si votre travail est encore scolaire. C’est bien normal : vous n’avez pas encore acquis le niveau d’expérience de votre interlocuteur. Mais vous devrez remplacer les photos dont la technique est dépassée dès que possible.

Précision utile : ne vous attribuez JAMAIS le travail d’un collègue ! Certains ont essayé pour se faire engager plus vite de présenter de beaux travaux qu’ils n’avaient pas faits eux-mêmes : mais cela s’est très vite su et a tourné aussi vite à leur confusion. Ils ont dû quitter le métier précipitamment pour avoir voulu y entrer prématurément en trichant.

Site web

De nos jours, la rapidité est un critère important pour se faire connaître, aussi bon nombre de jeunes maquilleurs sortant de l'école s'empressent-ils de mettre un site en ligne et d'envoyer cette référence pour chercher du travail. Les employeurs potentiels, en effet, peuvent voir leur travail, mais c'est une arme à double tranchant. Pour que ce site vous soit utile, il convient qu'il soit accessible directement : ne le mettez pas sur un hébergeur qui demandera une inscription ou un code préalable avant d'ouvrir votre page. Les employeurs n'ont pas forcément envie de perdre leur temps à ces attrape-nigauds publicitaires. Choisissez un hébergeur direct et d'accès gratuit et ne mettez que des photos lisibles exposant votre travail le plus clairement possible.

Internet et mails

La communication se faisant maintenant beaucoup par mail, vous serez amené à répondre à des annonces et à proposer votre candidature par mail. La plupart des messageries sont compatibles entre elles pour ce qui est du texte même de votre mail, l’équivalent d’une lettre de présentation (dans l’autre industrie on dit lettre de motivation, comme s’il fallait vraiment motiver le fait de chercher du boulot pour vivre…), mais les choses sont différentes – pour des problèmes de poids et de compatibilité entre les logiciels – si vous devez joindre un CV ou des photos, et c’est là que vous devrez faire attention si vous voulez que votre courrier n’aille pas directement à la poubelle.

  • Dans le mail, mettez clairement toutes vos coordonnées : Nom, prénom, adresse mail, téléphones fixe et portable, fax le cas échéant, et adresse de votre site si vous en avez un.
  • Utilisez une adresse professionnelle eMail du type jean.trancen(arobase)machin.com ou toulemonde.laura(arobase)truc.fr afin que vos adresses puissent facilement être répertoriées par votre nom et éventuellement stockées sur un téléphone portable pour vous convoquer rapidement sans avoir à perdre du temps à chercher qui peut bien être chabadatrucmuche ou reinedumakeup…
  • Si on vous demande d’envoyer des photos précises, envoyez-les directement sans discuter ni dire qu’on peut les trouver sur tel book en ligne. Vous feriez perdre un temps précieux à celui qui vous l’a demandé et votre mail finirait à la poubelle. De plus, vous indiqueriez à celui qui vous le demande qu'il vous dérange. Je ne crois pas que ce soit réellement ce que vous voulez faire de mieux pour vous.
  • Si on vous demande votre CV, ne répondez pas qu’il est déjà disponible en ligne à tel URL, les gens n’ont pas de temps à perdre et votre mail irait au panier. Joignez sans discuter un exemplaire de votre CV en format compatible avec tous les systèmes, Windows, Mac, Linux, etc, c’est à dire en .rtf. Un CV converti en image pdf risque aussi la poubelle car ce format ne permet pas toujours le copié-collé qui évite de ressaisir les coordonnées de quelqu'un dans un répertoire de contacts.
  • De même, pour ne pas bloquer les messageries déjà surchargées de demandes d’emploi ou de casting, ne mettez pas de photos de plus de 200 ko dans un mail, et envoyez-les en PETIT NOMBRE et en format lisible par tout le monde : en .jpg (de préférence) ou à la rigueur en .pdf mais cela risque de décourager ceux qui manquent de temps et veulent tout voir tout de suite (la majorité des professionnels pressés), et d'envoyer votre candidature à la poubelle.
  • Ne mettez pas non plus de photos trop petites (format timbre poste) ou floues de votre téléphone portable ;
  • Et surtout, soignez votre texte et votre orthographe !!! pas de textes comme des SMS ou en orthographe pénible à comprendre pour le receveur. Soyez clair, concis, précis. N’imposez rien à votre lecteur, c’est lui qui décidera – et pas vous – s’il vous prend finalement ou non, et selon ses critères et besoins du moment, alors ne le mettez pas de mauvaise humeur en indiquant par un texte bâclé un mauvais caractère ou un manque d’éducation le plus élémentaire.
  • Pensez qu’un recruteur potentiel est souvent surchargé de mails comme le vôtre. Souvent, il ne choisira pas dans l’urgence le meilleur CV parmi les nombreux mails qui lui auront été envoyés : il commencera par jeter d’emblée les 90% trop lourds ou incompatibles avec ses logiciels ou sa machine, et fera son tri parmi les 10% restant. Tant pis pour vous si le vôtre a été éliminé bêtement sur ces critères, mais c’est ainsi et je crains qu’on ne puisse rien y faire. En revanche, si vous avez suivi ces quelques judicieux tuyaux, tant mieux pour vous : vous avez une chance d’être lu et retenu.

La rédaction de votre CV

Malgré l'obstination de Pôle-Enploi à nier l'évidence, il faut bien admettre que le métier du maquillage de spectacle ne se gère pas comme un métier industriel en poste permanent ou la fonction publique. Les critères d’embauche ne sont pas les mêmes, les modalités d’accès non plus : les CV convenant pour l’industrie classique ne conviennent pas pour le maquillage dans le spectacle ou la mode.

Vous adresserez votre CV de maquilleur débutant à des maquilleurs expérimentés dans l’espoir de travailler avec eux tôt ou tard. Donc soyez clair, précis, et parlez de MAQUILLAGE. Peu importe que vous aimiez les collections de timbres, ou que vous ayez visité d’autres planètes, faites savoir les choses concernant le maquillage et pouvant servir dans une équipe :

  • Vos coordonnées précises : Nom, prénom, adresse, numéros de téléphone fixe et portable, fax éventuel, eMail et adresse de votre site si vous en avez un. Indiquer votre adresse vous évitera probablement d’être appelé à Paris pour une seule journée si vous habitez Marseille, mais permettra à un chef maquilleur parisien de savoir qu’il peut y compter sur vous lors d’un déplacement en extérieur.
  • Une photo d’identité est un plus utile, ne serait-ce que pour vous reconnaître à l’arrivée d’un train ou d’un avion. Un gros plan bien lisible suffit largement pour cet usage.
  • Indiquez votre formation :
    • école initiale, laquelle, ou sur le tas ;
    • noms et qualifications de vos enseignants si ce ne sont pas des gens très connus ;
    • les techniques que vous maîtrisez en pratique ;
    • celles dont vous connaissez la théorie, mais où vous manquez de pratique ;
    • celles que vous souhaiteriez apprendre si l’occasion se présentait ;
    • indiquez aussi si vous pensez avoir des lacunes dans tel ou tel domaine (postiches, travail de prothèses, etc…).
  • Votre expérience en cinéma, TV, théâtre et opéra, pub, mode, photo, presse.
  • Indiquez les titres des films, le nom du réalisateur et du chef-maquilleur, et ce que vous avez réellement fait. Inutile de citer le nom des stars si ce n’est pas vous qui les avez maquillées, c’est limite publicité mensongère pour gonfler artificiellement votre crédit, mais personne ne peut être dupe et vous passeriez vite pour un vantard ;
  • Indiquez si vous avez des connaissances particulières en moulage et sculpture et si vous maîtrisez bien ces techniques. Inutile de vous vanter, la vérité saute vite aux yeux des vrais professionnels.
  • Indiquez les marques de produits avec lesquels vous avez l’habitude de travailler et les outils principaux dont vous disposez (pas la peine de marquer éponges, crayons, pinceaux et rouges à lèvres, ça fait partie du fond de boite, mais dites si vous travaillez au gras ou au fluide ou à l’aérographe ; si vous avez du matériel pour postiches ou prothèses et quoi, etc…).
  • Vos particularités par ailleurs en liaison avec le maquillage et le métier :
    • Permis de conduire,
    • Langues pratiquées,
    • Logiciels maîtrisés, etc…
    • La disponibilité ou non d’un passeport et la vôtre pour les déplacements en province ou à l’étranger.

Qui contacter, pourquoi et comment ?

Ça y est, vous avez non seulement choisi votre école, mais suivi ses cours et passé l’examen final. Comment allez-vous trouver un job, à présent ?

Vous voilà devenu un professionnel du maquillage, vous espérez donc légitimement gagner de l’argent en travaillant pour vivre. Je vous rappelle qu’un métier n’est pas qu’un simple passe-temps, mais ce qui doit vous permettre en principe de payer vos frais existentiels : loyer, assurances, nourriture, vacances, etc. Il est donc normal de se faire payer pour travailler, quel que soit votre degré d’expérience professionnelle, et cela dès votre premier engagement.

Inutile donc d’accepter – encore moins de proposer – de travailler bénévolement, comme nous le verrons dans un instant.

Si le maquillage de cinéma-spectacle est bel et bien un métier de «réseau», cela ne suffit pourtant pas et il faut autre chose que de bonnes relations pour y entrer et durer. Quoique vous ayez pu entendre dire à l’école, en famille ou officieusement par certains mauvais conseillers (« les conseilleurs ne sont pas les payeurs », c’est bien connu), accepter les offres de bénévolat publiées dans la presse ou sur Internet ne vous mettra pas le pied à l’étrier dans les bonnes filières : dans celles-là, on sait que le travail se paie et le vôtre le serait normalement.

Si vous voulez vous faire payer, vous devez le mériter par un travail réel : non pas gratuitement et aveuglément pour une production indélicate et de toute façon indifférente à votre sort, mais pour vous-même. Documentez-vous sur les maquilleurs dont les travaux vous plaisent, vous inspirent et vous donnent envie et avec qui vous voudriez travailler : lisez les génériques des (télé)films ou les articles des journaux spécialisés pour trouver leurs noms, vérifiez leurs CVs sur Internet (IMDb, Unifrance, et les nombreux autres sites donnant les fiches techniques des films et des techniciens, cf. ci-dessous) et essayez de les contacter en priorité. Sachez donc qui est qui, qui fait quoi, avec quoi, et dans quel domaine du maquillage afin de cibler plus efficacement en fonction de vos goûts et compétences et des leurs. Faites aussi l’effort de vous renseigner sur les différentes marques professionnelles pour le cinéma-spectacle qu’on ne vous aurait pas présentées à l’école, sur leurs produits, les domaines d’utilisations et les modes d’emploi de ces produits, pour ne pas être surpris quand on vous parlera de quelque chose ou quand vous arriverez sur un plateau et qu’on vous donnera des produits que vous ne connaîtriez pas.

Pour commencer efficacement dans le métier, ne perdez pas votre temps à contacter inutilement les productions ou les réalisateurs, mais contactez des chefs-maquilleurs, et seulement eux : c’est un réel chef maquilleur, et seulement lui, qui, choisissant l'équipe dont il sera responsable vis à vis de la production, vous fera engager sur un film s’il a besoin d’un stagiaire et veillera alors à ce que votre salaire vous soyez payé. De même quand vous serez assistant. Souvenez-vous à ce propos qu'un bon assistant aura plus souvent l'occasion de travailler qu'un chef moyen. Plus tard, vous aurez connu des directeurs de productions, des réalisateurs, des acteurs qui feront appel à vous pour être à votre tour chef-maquilleur sur un de leurs films.

N’envoyez pas de lettre-type préfabriquée pour l’industrie classique – vantant votre «disponibilité», votre «passion enthousiaste pour ce métier» et votre « envie de travailler, même dur » (voire gratuitement, comme on le voit trop souvent) – vous n’indiqueriez que votre non-implication dans votre propre démarche. Faites plutôt une lettre personnalisée, nominative, indiquant à chaque maquilleur que vous contacterez que vous savez qui il est et ce qu’il a fait, ce qui vous évitera de tomber sur n’importe qui. Décrivez-lui votre parcours, ce que vous aimez faire et ce que vous savez faire, même si c’est différent, pour qu’il sache à quoi il peut vous employer en fonction de ses besoins. Ne vous vantez pas, mais ne vous diminuez pas : soyez précis et juste envers vous-même, indiquez clairement ce que vous pouvez apporter (et non ce que vous attendez qu’on vous apporte) et vous aurez une chance d’attirer l’attention positivement.

Comme je l’ai suggéré ci-dessus dans la section sur le book, n’envoyez pas non plus le même CV à tout le monde : comme les deux "mondes" (cinéma-spectacle / mode) ne communiquent pas souvent ensemble (je n'invente rien, c'est un fait constaté, quelles qu'en soient les raisons, même si c'est peut-être regrettable…), faites un CV différent pour les maquilleurs de mode où vous développerez la partie de votre talent qui les intéressera le plus, et un autre pour les maquilleurs de cinéma-spectacle en développant ce qui leur sera utile. Pensez que vous ne postulez pas pour qu’on veuille bien s’occuper de vous, mais pour fournir votre aide la plus utile possible à un employeur, comme partout ailleurs.

De même, si vous postulez pour un emploi de vendeuse en magasin, mettez en avant sur votre CV spécifique votre expérience en ce domaine si vous en avez.

Pour revenir au domaine du cinéma qui nous passionne ici, méfiez-vous des pièges tendus aux débutants ignorants des règles et désireux de travailler :

  • Entre les productions qui ont déjà leur équipe, celles, trop nombreuses, qui n’aiment pas les solliciteurs (vos CV vont directement à la poubelle), et celles qui ont tendance actuellement à vouloir des personnels mal payés ou carrément gratuits, voire au black – ce qui entraîne qu’ils n’ont pas de couverture sociale en cas d’accident du travail et la nullité ultérieure de ces "références" dans les organismes officiels tels que CNC, Pôle-Emploi, retraite, etc… – inutile donc de les appeler pour proposer vos services.
  • De trop nombreux jeunes réalisateurs ou photographes débutants (pas tous, heureusement ! les vrais pros sérieux savent que votre travail mérite un bon salaire) vous proposeront le plus souvent de travailler bénévolement, en échange d’un DVD ou de photos – qui vous sont dus de toute façon, mais que vous ne verrez jamais (ou exceptionnellement) si j’en crois ma longue expérience de ce métier et les nombreux récits que m’ont faits les jeunes collègues. Ils ne vous respecteront pas (alors que vous leur rendez service), pas plus que votre travail (parce qu’il ne leur aura rien coûté), et prendront l’habitude de vous demander gratuitement. Mais le jour où vous demanderez à vous faire payer normalement, ou lorsqu’ils auront un budget normal, vous n’existerez plus pour eux. De plus, aller travailler gratuitement vous coûte de l’argent et du temps, ce qui est le contraire du but recherché, et ce genre de mauvaise habitude donnée aux productions entrainerait la disparition des maquilleurs privés des ressources normales de leur travail.

Il ne faut donc pas avoir peur de vous faire respecter dès le début, de faire respecter votre travail, notre métier, en vous faisant payer pour maquiller, et faisant rembourser intégralement tous vos frais, (déplacement, fournitures, hébergement, etc…). Ne vous laissez pas abuser par ces affligeantes offres d'emplois "bénévoles" qui polluent le net et une certaine presse, vous vous feriez du tort à vous-même, ainsi qu'aux autres professionnels, en sciant la branche sur laquelle vous voulez vous asseoir. Et n’ayez pas peur qu’un autre fasse le job à votre place : s’il n’y a pas de budget pour vous, il n’y en aura pour personne d’autre de toute façon et vous n’aurez rien perdu. Il semble, hélas ! nécessaire aujourd'hui de rappeler que le travail non rémunéré, ou "au black", est absolument illégal, dangereux en cas d'accident ou de contrôles administratifs, et qu'il faut que les productions fassent l'effort de payer normalement avec tout ce que la loi implique. Ni les maquilleurs, ni les employeurs ne peuvent se soustraire à la Loi. Personne n'y peut rien, c'est ainsi pour tout le monde et chacun doit assumer la législation tant qu'elle existe. N'hésitez donc pas à demander à vous faire payer normalement. Vous vous ferez peut être rejeter la première fois, mais tenez bon : quand les employeurs indélicats auront vu d'autres que vous demander la même chose, il faudra bien qu'ils changent de moeurs.

Bien que les rémunérations des chefs maquilleurs soient souvent très mystérieuses, vous pouvez parler avec les collègues pour avoir une idée du niveau des rémunérations normalement pratiquées, et sachez qu'il existe des barèmes minimum disponibles sur Internet. Je vous recommande vivement d'en prendre connaissance pour savoir quoi vous faire payer et combien. Mais ces tarifs minimums sont censés être connus par les producteurs. Leur application, théoriquement obligatoire, dépend en fait de votre implication à défendre votre métier, votre gagne-pain.

Pour contacter les chefs-maquilleurs, vous trouverez leur liste sur les annuaires professionnels spécialisés, sur internet ou dans les grandes bibliothèques. Vérifiez leur CV sur Internet (IMDb, UniFrance, etc…), et appelez les plus sérieux, les plus expérimentés. Appelez-les gentiment, prenez rendez-vous si possible, rencontrez-les dès qu’ils peuvent vous recevoir, arrivez en sachant au moins un peu qui ils sont et ce qu'ils ont fait, présentez leur vos travaux, voyez les leurs, faites des tests si on vous le demande, gardez fréquemment le contact sans toutefois les harceler (une fois par mois est une bonne idée en moyenne). Comme il est probable que ça ne marche pas du premier coup, pour diverses raisons, ne désespérez pas, ne laissez pas tomber, soyez persévérant, ouvert et disponible, et rappelez souvent quand même. Un jour ou l’autre, ça finira par marcher.

Et vous commencerez à travailler et à gagner votre vie de ce métier.

Débuter est ce qu’il y a de plus facile, malgré les évidentes difficultés déjà évoquées.

Après cela, il vous appartiendra de faire le nécessaire pour durer, vous faire réengager. Mais ce sera un autre problème, votre problème…

Pour savoir comment vous conduire quand vous aurez trouvé un stage pour qu'il vous soit utile, lisez : Stagiaire maquilleur au cinéma : les « Règles du Jeu ».

Quelques conseils très importants

  • Méfiez vous des réputations, bonnes ou mauvaises, comme de la peste ! Elles peuvent ne pas être justifiées. Lors de vos démarches, ne vous laissez JAMAIS influencer par ce qu’on pourra vous dire des gens ; faîtes-vous votre propre jugement sur des faits : voyez le travail des chefs vous-même. Ce qui vous importera, c’est de travailler pour acquérir de l’expérience. Du moment où, avec lui ou elle, vous pourrez apprendre quelque chose d'utile pour votre métier, peu vous importe que le chef soit ronchon ou souriant (encore que ce soit préférable, mais dans une situation stressante, l’urgence va à l’efficacité sur le travail à faire vite plutôt qu’aux ronds de jambes); de plus, les réputations sont transmises selon l’humeur aléatoire des gens et non sur des faits tangibles, elles peuvent donc être frelatées plus ou moins volontairement selon le sentiment de la personne qui s’exprimera devant vous sur le ou la professionnel(le) concerné(e).
  • Ne restez jamais seul(e) dans votre coin : gardez le contact avec des collègues de tous niveaux, anciens élèves de votre promotion ou maquilleurs déjà en exercice, entretenez et développez vos connaissances techniques professionnelles pour toujours rester au courant des dernières évolutions, faites des essais chez vous, mais demandez à un collègue, si possible plus expérimenté, de superviser vos essais et démarches afin de ne pas prendre de défauts, et faites-en autant pour lui : on avance toujours mieux à plusieurs qui s’épaulent bien qu’à se morfondre tout seul parce qu’on n’a pas le moral faute de bon boulot payé normalement.
  • Même s'il est normal qu'on vous demande de "faire vos preuves" en début de carrière, n’ayez jamais honte de ne pas savoir faire quelque chose dont on vous parle : dites-le calmement et apprenez-le. On ne peut pas tout savoir, même après de nombreuses années de pratique, encore moins au début. C’est normal de ne pas connaître une chose, c’est anormal et non professionnel de faire semblant de la connaître, et la prétention ne paie pas longtemps. Un bon chef maquilleur, prévenu de vos faiblesses, ne vous enverra jamais au casse-pipes sur quelque chose que vous lui avez annoncé ne pas savoir faire et s'organisera autrement, soit pour vous remplacer par un professionnel plus qualifié, soit pour vous former à ce dont il a besoin. Tout au long de votre vie professionnelle, vous devrez continuer à découvrir les nouveaux matériels et à apprendre les nouvelles techniques pour vous maintenir à jour et au top.
  • En revanche, dans le cinéma-spectacle, ne vous attribuez pas une compétence que vous n'avez pas encore maitrisée en la pratiquant sur un tournage avec des professionnels reconnus du métier. Il n'y a rien de tel pour vous griller que de faire croire que vous savez faire ceci ou cela si au pied du mur votre travail ne donne pas un niveau professionnel présentable sur l'écran. Un chef-maquilleur DOIT pouvoir avoir une confiance absolue et justifiée en vous. Celui qui vous aurait appelé sur des informations non fondées serait alors obligé de refaire votre travail qui n'aurait pas donné satisfaction, d'où perte de temps sur le tournage et conséquences fâcheuses prévisibles pour toute l'équipe maquillage, surtout pour vous et pour le chef maquilleur. Même s'il a commis une grave erreur en vous faisant venir sans avoir préalablement vérifié la réalité de votre niveau de compétences, c'est vous, pratiquement, qui aurez fait tomber toute l'équipe, et on vous en voudra longtemps, alors méfiez-vous de ce genre de vantardise.
  • Faites vos démarches de recherche d’emploi auprès des chefs maquilleurs sans humilité excessive ni arrogance (si, si, ça existe : j’en ai vu si intimidés qu'ils n'osaient à peine parler et d'autres qui ne voulaient carrément pas esquinter leur vernis à ongles dans la colle à postiches ou une cuvette de plâtre…) : soyez vous-même, curieux, discret, efficace, l’esprit ouvert, serviable, disponible ; acceptez joyeusement toutes les corvées professionnelles (mettre les tables, laver les éponges, etc), mais n’allez pas chercher un café s’il n’est pas demandé gentiment à un moment où celui qui le demande n’est pas occupé. Un stagiaire n’est pas une boniche mais un respectable apprenti en formation.
  • Enfin, quand vous travaillerez dans l’équipe d’un chef maquilleur, pensez que vous ne travaillez pas que pour vous mais pour lui et toute l’équipe dont vous faites partie. Et, alors qu’on écarte vite les mauvaises têtes, on reprend toujours une équipe qui marche bien et donne de bons résultats… donc vous.
  • Quand vous aurez l'opportunité, la chance, de pouvoir aider un chef-maquilleur, soyez à l'écoute, attentif à ses besoins, observez ses gestes pour les comprendre, et soyez prêt à lui passer les choses dont il a besoin sans qu'il doive les demander, encore moins le répéter, car chaque seconde compte. Ne parlez pas inutilement. Soyez attentif et discret. Une attitude professionnelle aussi sérieuse et fiable jouera beaucoup en votre faveur.
  • Soyez toujours ponctuel, un peu en avance pour avoir le temps de vous préparer ou aider à préparer la salle de maquillage avant l'arrivée du ou des comédiens, surtout pour les maquillages importants ; ne perdez pas votre temps à casser les oreilles des collègues à discuter constamment sur les plateaux de sujets oiseux au lieu de surveiller le travail en cours ; ne dérangez pas la concentration des collègues qui travaillent en loge en parlant haut et fort au mauvais moment avec des personnels des autres départements ; ne leur posez pas non plus de questions sans rapport avec ce qu'ils font pendant qu'ils travaillent mais attendez qu'ils aient fini ; et ne mettez pas le chef maquilleur en mauvaise posture en le contredisant devant témoin. On ne devrait pas avoir besoin de dire ces choses, mais ce sont de simples règles de courtoisie professionnelle qu'il semble nécessaire de rappeler, tant ces fautes de savoir vivre sont fréquentes sur les plateaux. Suivez-les attentivement si vous voulez vous attirer bonne réputation et vous faire réengager.

J'espère que ces quelques conseils élémentaires vous seront utiles.

 

D'autres précisions sur les règles du jeu du stagiaire maquilleur sont sur cette chronique spécifique : Stagiaire maquilleur : Les "Règles du Jeu". Je vous en recommande vivement la lecture attentive si vous voulez profiter pleinement d'une chance qui se présenterait à vous.

N'hésitez pas à me poser des questions personnelles directement ou laisser un commentaire ci-dessous.

 

Dans la chronique suivante, je vous parlerai d'un aspect curieusement méconnu du travail du maquillage au sein d'une équipe de production : La préparation du maquillage avant tournage.

 

A bientôt 

 

Lu 110280 fois
Évaluer cet élément
(2 Votes)

1 Commentaire

  • Sonia
    Posté par Sonia dimanche, 26 juin 2016 14:20 Lien vers le commentaire

    Top! Super constructif! Je sors d'école le mois prochain et compte bien suivre tous ces conseils!
    Artistiquement,
    Sonia

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.



Anti-spam: complete the taskJoomla CAPTCHA
JoomShaper