04 - Comment devenir maquilleur ? (1ère partie)

 

Vous avez envie de devenir maquilleur, mais vous ne savez pas comment faire. Si vous êtes adolescent, vous vous renseignez auprès du Conseiller d’Éducation de votre collège ou lycée qui vous dira qu’il ne connaît rien d’officiel sur ce métier, mais qu’il y a des écoles privées très chères pour un avenir très incertain. Et pour cause : le métier n’existe pas encore juridiquement, donc officiellement, même s’il existe de fait depuis longtemps au théâtre et au cinéma depuis Méliès. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe encore aucun critère administratif ni cursus national commun à toutes les écoles et conduisant à un diplôme national reconnu par l’Etat.

Ce métier, reconnu dans le monde entier, n’a pas encore de statut juridique en France. Il n’est donc pas admis, ni admissible, aux registres des Métiers des artisans, ni au Registre du Commerce des sociétés, ni au Registre des Auto-Entrepreneurs. Il n’est pas davantage admis comme profession libérale, puisque celles-ci n’ont le droit de fournir que des conseils et non des services, exceptées les professions médicales. Autre possibilité, vous êtes un peu plus âgé, vous avez déjà un métier, mais vous voulez en changer. Le Pôle-Emploi du Spectacle ne vous acceptera pas parce que bien évidemment vous n’avez pas encore les justificatifs nécessaires pour cela.

Alors, comment entrer dans une profession qui n’existe pas ? Je vais vous donner quelques pistes, sans rien pouvoir vous garantir, et vous expliquer les particularités de l’accès à ce métier.

Dans cette première partie, nous verrons les points les moins agréables de la situation, mais il faut les connaitre car le monde adulte n'est pas toujours un conte de fées comme le souhaiteraient les enfants, et dans la suivante nous verrons les démarches positives à accomplir pour chaque aspirant élève ou chaque jeune professionnel à sa sortie d'école. 

Le statut

Qualification professionnelle et compétences légales

Un maquilleur n’est ni un coiffeur ni une esthéticienne, comme nous l’avons déjà dit dans une précédente chronique. Il ne travaille pas pour embellir sa cliente en tant qu’elle-même dans la vie courante, mais en fiction pour créer un personnage sur l’artiste interprète. Cela vaut non seulement pour le travail à fournir proprement dit, mais aussi pour la formation et le statut juridique et professionnel. Le "maquilleur" est étymologiquement celui qui fait le "masque" à l'artiste interprète pour représenter son personnage, comme jadis les masques de pierre, de bois ou de cuir, représentaient les personnages du théâtre antique jusqu'à la Commedia dell'arte. C'est donc, à l'origine, bien spécialement un mot concernant le spectacle. Mais le sens réel du mot a été dévoyé et maintenant on l'emploie aussi dans la mode, en photo, et dans la vie courante, là où, au contraire, on ne devrait pas "faire de masque" à la clientèle, mais en mettre la beauté en valeur par un maquillage discret. Or, il n'y a rien de moins discret qu'un maquillage mode, un maquillage dit "artistique" ou une mariée "libanaise".

La formation en esthétique et en coiffure est commune à toutes les écoles de chacun de ces deux métiers et débouche sur deux diplômes d’état, le Certificat d'Aptitude Professionnelle (CAP) et le Brevet Professionnel (BP) et le statut d'artisan. De même qu’un coiffeur, une esthéticienne peut être engagée comme salariée dans un salon ou un institut de beauté ou travailler indépendamment comme artisan. Ces diplômes ouvrent une reconnaissance légale des compétences minimum et donne le droit juridique d’exercer les métiers considérés. Cette reconnaissance protège leur responsabilité civile et les autorise à prendre une assurance professionnelle s’ils créent un problème dermatologique à leur client. Sans ces diplômes, un maquilleur exerçant la coiffure court de graves dangers pour lui même et en fait courir à ses clients ou modèles, car il n’est tout simplement pas assurable.

Dans le cadre réglementairement légal d’une activité salariée sur une production de spectacle, si le contrat liant l'employeur au maquilleur le couvre normalement en cas de problème de maquillage, il ne l'autorise pas juridiquement pour autant à exercer le métier de coiffeur qui nécessite un diplôme officiel reconnu par l'État. En conséquence, tout maquilleur qui exercerait la coiffure sans un de ces diplômes, donc illégalement, pourrait ne pas être couvert par les assurances en cas de problème, et l'employeur serait civilement responsable. En cas de non respect de la législation, c'est l'employeur qui assume la responsabilité civile et pénale. Sans contrat d'embauche formel, c'est le maquilleur qui est responsable civilement et pénalement, et en cas d'accident grave cela peut coûter très cher. Sur le plan pénal, on ne doit pas porter atteinte à la santé de la personne sur qui on travaille. Il est aisé de vérifier cette information auprès d'un assureur ou de la Fédération Nationale de la Coiffure. En attendant un éventuel (quoique fort improbable) changement de la législation française actuelle, il va de soi qu'il vaut mieux ne pas accepter les propositions de certaines productions qui voudraient que l'on fasse les deux, s'inspirant de l'Allemagne ou de l'Europe de l'Est où les réglementations professionnelles à ce sujet sont différentes.

Définition du mode de rémunération

En France, le statut juridique professionnel détermine le mode de rémunération et le prix réel du travail. Salarié, pour un salaire brut de 100 € vous percevrez environ 80€, mais vous coûterez en fait à l'employeur environ 150 € puisqu'il devra payer des cotisations sociales en sus, plus le temps payé à son comptable. Artisan, commerçant, libéral, si cela était légal, vous lui feriez une facture ou une note d'honoraire et ça ne lui coûterait rien de plus que les 100€ en question et les cotisations sociales seraient alors, inversement, portées à votre charge, diminuant d’autant votre revenu pour une prestation identique. C'est pour cela qu'il y a de plus en plus de propositions cherchant à contourner la légalité pour abaisser le prix réel du travail et demandant une facture pour le prix du salaire. Précisons cela clairement.

La seule définition française officielle, actuellement et en attendant une prochaine évolution de cette aberrante situation, est fiscale : le maquilleur est un technicien du spectacle, salarié, à employeurs multiples, en clair : un intermittent du spectacle. Dans le cinéma-spectacle (vivant et audiovisuel), il n'est donc pas juridiquement un "travailleur indépendant" ni un "auto-entrepreneur" (prétendu à tort équivalent du free-lance anglo-américain qui est pourtant très différent puisqu’il peut déduire ses frais, ce que ne peut pas faire l’auto-entrepreneur français) et il n’est donc pas autorisé à faire des factures (commerciales, artisan ou société), ni des notes d’honoraires (professions libérales). Ceux qui s’y risqueraient tomberaient sous le coup de la loi et devront tôt ou tard subir de lourds redressements d’URSSAF et fiscaux. Sachez qu’en cas de note d’honoraires, le fisc prend 50% du chiffre d’affaire, et c’est à vous de payer vos cotisations sociales (retraite, assurance maladie et accidents du travail, congés payés, etc… Et, en période d'inactivité professionnelle, chômage, cela ne vous donne aucun droit à percevoir une indemnisation Assedic qui est l'assurance chômage des seuls salariés) ; sans compter un lourd travail de comptabilité tatillonne, celui-là même que les employeurs voudraient s'éviter. Toutes ces charges déduites, combien vous restera t-il sur la somme modique qu’on vous proposerait dans de telles conditions ? entre 23 et 25% seulement. Vous voyez donc ce qu’il faut demander pour gagner les 100€ dont on voudrait récompenser votre prestation ? 4 fois plus. Jamais on ne vous accordera 400 quand on vous propose 100.
Comment donc estimer et faire payer son travail ?

Quid du statut dit "free-lance" ?

Dans l'état actuel de la législation, ce statut n'existe pas dans le Droit français. Eh oui ! Même si certains employeurs peu désireux de payer les cotisations salariales le voudraient, pour leur part et pour celle de leurs employés, comme dans certains pays voisins, on n'a pas le droit de faire une facture comme un "free lance" en France. Il n'est donc pas question d'en faire régulièrement (une petite enveloppe de BIC de l'ordre de 1200€/an est toutefois permise, mais ça ne permet pas d'en vivre en renonçant aux avantages sociaux des salariés.) Les employeurs doivent donc réviser leur conception de leurs droits et des vôtres et vous salarier normalement. Au moins jusqu'à ce que la loi évolue.

Bien que hors cinéma-spectacle (mais est-ce vraiment "hors spectacle" ?), on veuille que le maquilleur fasse des factures de "travailleur indépendant" (prétendu équivalent du Freelance anglo-américain), à l’évidence, vous avez tout intérêt à ne pas accepter de telles propositions, même si elles sont de plus en plus fréquentes, en photo et mode notamment, et à demander fermement à être payé en salaires, légalement. Pour vous donner davantage de précisions sur les avantages et inconvénients de ce statut, je vous propose ce lien, mais il y en a beaucoup d'autres sur Internet.

Il est donc grand temps qu'enfin un statut juridique national reconnaisse la profession de maquilleur et ses particularités en tant que telle dans ses divers secteurs d'activité, car aujourd'hui, la Loi ne reconnaît que le statut de salarié intermittent dans le spectacle et il n'est pas permis d'alterner les statuts de salarié et d'indépendant sans perdre ses droits sociaux. Mais ce n'est pas ici la place de trop développer ce problème puisque, précisément, cette série d'articles ne concerne QUE le maquillage au cinéma. Pour ceux que cela intéresse, je les invite à consulter des spécialistes du droit du travail à l'Urssaf et au fisc.

J'ignore malheureusement la situation dans les autres pays francophones où il y a du cinéma. Aussi, si des collègues et amis maquilleurs du Canada, notamment au Québec, de Belgique, de Suisse ou des pays africains pouvaient m'envoyer un topo clair et précis de la situation dans leur pays à cet égard, je pourrais en faire des synthèses et les mettre en ligne ici. Naturellement, ils peuvent aussi la publier directement en commentaire en bas de cette page. Je crois que cela pourrait être intéressant et instructif pour tout le monde.

Le G.U.S.O.

Pour les petites prestations occasionnelles, le GUSO (https://www.guso.fr/webguso/accueil) est la solution idéale et simple pour vous faire payer en salaire dans le spectacle vivant.

La Voie Royale et la carte professionnelle

Avant les années 60 et jusque dans les années 70-80, avant la création et l’essor des écoles de maquillage professionnel actuelles, l’accès au métier était réglementé par les textes du Centre National de la Cinématographie, toujours officiellement en vigueur aujourd’hui, et se faisait par ce que l’on appelait alors la Voie Royale : on devait être stagiaire (apprenti, selon les termes des anciennes Corporations) sur trois films français de long métrage, puis assistant (compagnon), sur six films français (ou co-productions majoritairement françaises) de long métrage, et de préférence avec un maximum de chefs-maquilleurs différents (on en apprend ainsi davantage qu’avec un seul), avant de pouvoir déposer un dossier de demande de Carte d’Identité Professionnelle de Chef-Maquilleur (Maître) au CNC, vous autorisant légalement à exercer seul, donc en "chef", le métier de maquilleur de cinéma. Une dérogation était parfois accordée s’il manquait un assistanat et qu’une occasion sérieuse se présentait.

Après avoir été longtemps combattu depuis la Présidence de M. F. Mitterrand et le Ministre de la Culture M. J. Lang, sous le prétexte fallacieux d’«atteinte au droit au travail» (va t’on prétendre qu’un diplôme de médecin est une atteinte au droit au travail ?…) ce système a finalement été aboli sans débat parlementaire ou paritaire par une ordonnance publiée discrètement au J.O. le 24 Juillet 2009 relative à la partie législative du Code du Cinéma et de l’Image animée :

Article 10

Sont et demeurent abrogés :

8o La décision réglementaire du Centre national de la cinématographie no 51 du 10 juillet 1964 fixant les conditions de délivrance de la carte d’identité professionnelle ;

Fait à Paris, le 24 juillet 2009.

NICOLAS SARKOZY

Par le Président de la République :

Le Premier ministre,

FRANÇOIS FILLON

Le ministre de la culture et de la communication, FRÉDÉRIC MITTERRAND

On ne peut donc que regretter une telle suppression, car la Carte Professionnelle était la seule garantie, en l’absence d’un diplôme national, pour une production d’un minimum de formation du maquilleur responsable – puisque, rappelons-le, les "diplômes" des écoles privées (juridiquement de simples "Certificats de Scolarité") ne garantissent pas un cursus national commun réglementé et ne sont donc pas reconnus par l'État. Elle était obligatoire pour faire un film de long métrage ou un téléfilm en chef, mais pas pour être stagiaire ou assistant d’un chef présent sur le tournage.

De plus, puisque nationale, elle était valable dans tous les domaines (LM, CM, téléfilms et séries, théâtre, etc…), même si la loi ne l’exigeait pas dans tous. Elle n’était jamais requise en mode, événementiel ou artistique puisque cela ne dépendait pas de la juridiction du Centre National de la Cinématographie.

Pourtant, il faut évidemment un minimum de qualification garantie pour faire un film comme maquilleur, comme en cuisine au restaurant ou en comptabilité dans une banque. C'est une sécurité non seulement pour le producteur et le réalisateur, mais aussi pour les acteurs sur la peau desquels le maquilleur travaille, et pour le maquilleur lui-même. On n’a pas le droit de causer du tort à la peau d’un artiste parce qu’on s’est cru capable de faire un boulot pour lequel on n’est pas suffisamment formé et qualifié. Et il est non seulement immoral de prendre la place d’une personne qualifiée, mais c’est se priver de la possibilité qu'une telle personne engagée sur le film vous fasse engager à votre tour et vous forme à ce qui vous manque.

Comment faisait-on alors ces fameux 3 stages et 6 assistanats ? Il fallait contacter des chefs-maquilleurs jusqu’à en trouver un qui ait besoin de quelqu’un à ce moment là, et il vous faisait engager par la production. Comme il n’y a pas d’emploi régulier dans ce métier, cela demandait de gros efforts ; patience et persévérance étaient indispensables, et le découragement à proscrire.

Malgré les écoles, c’est encore le cas aujourd’hui.

Les écoles

Comme nous l’avons vu, il n’existe pas encore en France de cursus national commun obligatoire pour toutes les écoles ; elles sont donc libres d’enseigner ce qu’elles veulent, comme elles veulent et au prix qu’elles veulent. Néanmoins, vous pouvez vous faire une idée de ce que devrait être un tel cursus minimum (chacun gardant le droit d'enseigner plus en modules supplémentaires) en lisant la chronique précédente : Les différents types de maquillage au cinéma. Pour bien vous préparer au métier de maquilleur de cinéma, et être utile aux chefs maquilleurs qui auront besoin de vous, vous devriez apprendre à faire tous ces maquillages-là, à les faire durer toute la journée et donc à les entretenir. En sortant de l'école, naturellement, vous ne pourrez pas encore tout maîtriser car vous n'aurez appris que des bases trop souvent succinctes et ignorerez encore les conditions de la vie de plateau, très différentes du calme douillet d'une salle de classe, mais au moins vous serez capable de suivre et d'aider utilement le chef maquilleur qui vous aura fait venir sur un tournage.

Le prix d’une école de maquillage "pro" peut paraître cher, mais il ne l’est que si l’on n'accorde pas de valeur au maquillage - ni aux maquilleurs expérimentés qui l’enseignent et qu’il faut bien payer - ou si le programme enseigné ne répond pas suffisamment sérieusement aux exigences professionnelles réelles. Il faut donc relativiser cette notion de cherté. En outre, de larges subventions sont accordées par les organismes de formation professionnelle initiale ou continue. De plus, les écoles françaises sont souvent moins chères que les écoles américaines, ou anglaises, mais les programmes n'y sont pas toujours équivalents ni aussi complets, loin de là.

Certains élèves se destineront au cinéma-spectacle, d’autres préféreront la mode, la photo ou l’événementiel, aussi les écoles enseignent-elles toutes les disciplines du maquillage, et c’est très bien ainsi car un maquilleur de cinéma doit pouvoir tout faire. Mais un maquilleur qui n’aurait fait que les cours de beauté, ne saurait prétendre être un vrai maquilleur de cinéma dont le cursus doit être plus complet. De plus, les maquilleurs anglo-américains ne le considéreraient pas comme un vrai maquilleur de cinéma puisqu'il ne pratiquera pas les disciplines nécessaires dans cette industrie.

Mais ne rêvons pas : on n’apprend pas tout en trois mois, encore moins en deux semaines de cours du soir. S’il faut deux et trois ans aux coiffeurs et esthéticiennes pour obtenir un diplôme national en deux degrés, voire trois ou quatre avec la Maîtrise, pourquoi les maquilleurs auraient-ils besoin de moins de temps pour un programme sérieux et vraiment complet ? Et croyez-moi, il y a beaucoup à apprendre et beaucoup à faire avant d’arriver à un niveau sérieux raisonnable. On ne devient pas maquilleur de fiction par caprice orgueilleux, mais par le travail et la patience.

Naturellement, les maquilleurs qui voudront se spécialiser en beauté, mode, mariage ou maquillage artistique, seront moins exposés à devoir faire des vieillissements, blessures ou postiches qu’un maquilleur de cinéma, et si cela leur arrive en ville pour une fête, ils n’auront pas la même exigence de résultat de qualité pour ce genre de choses que pour l’écran. Mais, c’est là qu’ils auront du mal non à travailler, mais à se faire payer juridiquement si les employeurs refusent de les salarier comme l’impose encore la législation actuelle. Ils ne pourront en effet pas facturer comme artisan puisqu’ils n’y sont pas admis, ni comme société commerciale, ce ne serait probablement pas rentable, ni comme auto entrepreneur, sauf à tricher et se faire enregistrer sous une autre appellation professionnelle aux risques juridiques peut-être différents au regard des assurances.

En outre, le statut d’auto entrepreneur n'est conçu QUE comme revenu d'appoint par le législateur, et non pour vous permettre d'exercer toute votre vie comme métier principal, car les plafonds de ressources annuels actuellement autorisés sont trop bas. C'est fait idéalement pour un actif qui veut préparer le lancement d'une nouvelle activité, ou un retraité qui veut faire des conférences qui ne nécessitent aucun frais, ou des activités similaires, car les frais ne sont pas déductibles avant calcul de l'impôt et des taxes. A quoi bon payer des impôts et taxes sur l'argent que vous avez déjà dépensé, dont déjà au moins un impôt sur la TVA de ce que vous avez consommé ? C'est absurde, et il faut obtenir un autre statut réel pour exercer le métier de maquilleur légalement.

De plus, la législation du statut d’auto entrepreneur est en cours de révision et d’aggravation et on n’en connaitra la nouvelle tournure qu’en Octobre ou Novembre 2013. Je vous tiendrai, naturellement, au courant ici dès que possible.

Comment choisir son école ?

Pour bien choisir votre école, vous devrez chercher les programmes des cours de plusieurs écoles, vérifier si leurs orientations conviennent à vos aspirations et si les cours sont donnés par des personnes qualifiées, capables de vous transmettre une réelle expérience acquise pendant des années sur le terrain, et non par des maquilleurs qui n’ont jamais fait un film sérieux ou les élèves de l’année précédente comme ça se voit parfois (hélas pour les nouveaux élèves et les maquilleurs qui les reçoivent ensuite sur les plateaux !). Vous devrez y trouver des classes, donc des professeurs spécialisés, pour les trois disciplines principales : le cinéma-spectacle (classe complète, théâtre et TV en font partie, ainsi que les postiches (pas seulement un seul type de barbe, mais aussi boucs, colliers, favoris divers, les techniques étant différentes) et les prothèses), la mode et la photo, le maquillage artistique ou body-painting. Depuis quelques années, la technique de l’aérographe est employée dans divers domaines avec des produits de diverses natures, il sera donc bon de vous assurer que son enseignement vous sera également prodigué.

Naturellement, il est indispensable que vous soient enseignées des bases solides de cosmétologie, d’hygiène et sécurité pour l’usage des produits d’effets spéciaux, d’histoire du maquillage et des modes (coiffures et poil facial), d’histoire du Théâtre et du Cinéma. Il est souhaitable de savoir dessiner, au moins un peu, et indispensable d'apprendre à sculpter, modeler et mouler pour les prothèses. La connaissance de langues étrangères, notamment l'anglais, est un plus quasiment indispensable. Vous devrez apprendre à vous constituer un fichier iconographique de références et à le mettre régulièrement à jour à chaque occasion.

Si vous choisissez l'option cinéma, vérifiez qu'on ne gaspillera pas votre temps sur des matières peu utiles : passer du temps sur les postiches et les petites prothèses est plus utile que sur le body-painting, et les monstres sont plus rarement demandés que des vieillissements, même si c'est moins amusant et spectaculaire. Sinon, vous devrez faire des stages de formations complémentaires à vos frais.

Vérifiez aussi si le matériel est fourni ou à vos frais et la durée des cours.

Aucun maquilleur que j’ai rencontré dans ma longue carrière ne trouve tout ce dont il a besoin chez un seul fournisseur : vous devrez donc apprendre à connaître toutes les marques professionnelles, toutes les textures, tous les produits afin de pouvoir déterminer le plus approprié à un projet futur qui vous sera présenté. Si l’école ne vous enseigne que les produits de sa marque, cherchez dans les magasins spécialisés ou sur Internet des renseignements sur les autres marques et produits. Mais, bien entendu, vous n’utiliserez pas tout et ferez vite votre choix judicieux de matériel au fur et à mesure de votre expérience.

Une démonstration d'une journée ou un simple survol sans la pratique ne suffiront JAMAIS à faire de vous un maquilleur compétent. Pour ceux qui voudraient devenir maquilleur de cinéma, puisque c’est le thème de ce site et ma spécialité principale, je recommande un enseignement long, un an très concentré au moins, de préférence deux, afin d’avoir le temps de bien pratiquer et maîtriser toutes les techniques, y compris celles des autres disciplines, car personne ne réussit de chef-d’œuvre du premier coup. De plus, cela vous permettra de passer plus de temps en documentation.

En tout état de cause, vérifiez si les maquillages enseignés dans l’école sont de la qualité de ceux que vous voyez sur les écrans de cinéma, et le cas échéant, estimez en quoi ils sont différents. Cela vous donnera des arguments pour demander des cours de qualité correspondant à vos besoins futurs réels.

Les bases minima à apprendre obligatoirement

Les maquilleurs américains étaient autrefois formés dans les studios des majors pendant 50 semaines de 5 jours de 10h (2500 heures !…) par an pendant deux ou trois ans, puis ils devaient passer un concours devant les représentants des autres studios et des syndicats de maquilleurs. Après quoi, s’ils avaient réussi leur test, ils étaient autorisés à prendre un film en charge. Bien entendu, ils avaient alors effectués largement l’équivalent de nos 3 stages et six assistanats, et connaissaient non seulement les techniques, mais la vie de plateau (qui ne s’apprend évidemment pas à l’école) et l’éthique du métier, ce dont on ne parle que peu ou pas du tout dans les écoles.

Le programme du concours était le même pour tous, et comportait les épreuves suivantes, chacune avec une durée limitée correspondante : naturel, beauté, pose et maquillage d’un faux crâne, une barbe au poil à poil, une blessure, un vieillissement avec les moyens du bord (sa boîte), un autre avec des prothèses (éventuellement perruques). Au jury, un représentant de l'Academy of Motion Pictures (celle des Oscars), du syndicat des maquilleurs (aux USA, la profession étant reconnue, peut être représentée légalement par un syndicat; ce n’est pas le cas en France actuellement), et des autres Majors, mais pas de l'école qui avait enseigné, pour garantir la réelle compétence technique professionnelle des candidats sans aucun favoritisme.

Il est souhaitable que tout candidat à devenir maquilleur de cinéma sache au moins faire cela. Il est aussi souhaitable aujourd’hui qu’il sache faire du body-painting et manipuler un aérographe. Vous devrez donc vous assurer que ces disciplines figurent au cursus standard de l’école de votre choix.

De plus, un certain nombre d’effets simples à réaliser à partir de sa boîte, sont indispensables à apprendre.

La fabrication des prothèses simples fera partie intégrante de ce cursus standard. La fabrication de prothèses plus élaborées, ou d’effets spéciaux, pourra faire l’objet d’un module complémentaire, indispensable pour ceux qui voudront acquérir un haut niveau dans le cinéma-spectacle.

Aujourd’hui, les studios ne forment plus de maquilleurs, puisqu’il n’y a plus de département maquillage intégré, et les examens ci-dessus indiqués ont été abandonnés récemment au grand mécontentement des anciens qui ont passé les tests de compétence et voient arriver des jeunes pas toujours aussi bien formés qu’ils le faudrait. Il y a, cependant, à l’Académie des Oscars, un département maquillage, où des représentants des maquilleurs, eux-mêmes oscarisés ou nominés, veillent à la qualité professionnelle des maquillages en compétition pour leur célèbre récompense. A quand la même chose en France ?… 

Tout cela représente beaucoup de choses utiles à apprendre pour le maquillage au cinéma. Alors, non, ces formations longues ne sont pas démodées, "vieux jeu" ou inutiles ! Ce ne sont pas des études imposées "bêtement" pour vous empêcher de gagner tout de suite votre vie, comme je l'ai lu récemment, mais au contraire des études qui vous permettront de vous faire une bonne place dans le métier et surtout d'y durer. Il faut donc que votre école enseigne tout cela, au moins, et plus si elle veut et s'il y a assez de temps pour cela dans l'année scolaire.

A propos des bases minimum, je vous recommande la lecture de ma chronique sur les différents maquillages au cinéma. Si vous ne maîtrisez pas correctement ces bases, il faut vous rapprocher d’une école qui les enseigne en module spécifique.

En outre, vous devrez commencer à apprendre le pourquoi du maquillage avant de penser au comment. Ceci fera l’objet d’une autre chronique : La préparation avant tournage.

Et aussi : après l'école, tout au long de votre carrière, vous devrez continuer à apprendre les nouvelles techniques et les nouvelles matières, et continuer à vous entraîner, même à vos frais (mais vous le ferez avec plaisir) pour ne pas rester figé et évoluer.

Votre avenir

Ne manquez pas la suite de cette chronique : elle vaut le coup pour vous, surtout si vous êtes (ou voulez devenir) maquilleur, ici

Pour des raisons de mise en page, je suis obligé de couper cette chronique en deux, et vous renvoie sur la 2ème partie où je vous parlerai du bon usage d'un book utile, d'un site web, à qui s'adresser et qui contacter pour débuter, quelles démarches à faire après l'école, et enfin quelques conseils à garder tout au long de votre carrière…

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N'hésitez pas à me contacter directement si vous souhaitez d'autres informations personnelles ou laissez un commentaire ci-dessous.

A bientôt 

 

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2 Commentaires

  • Alain Folgoas
    Posté par Alain Folgoas jeudi, 20 novembre 2014 15:01 Lien vers le commentaire

    Merci. Oui, avec plaisir :-) Utilisez le lien en dernière ligne de l’article pour me joindre.

  • marine
    Posté par marine mercredi, 19 novembre 2014 01:16 Lien vers le commentaire

    Merci pour cet article plus que complet.
    C'est de loin de meilleur que j'ai pu lire sur le metier de maquilleur.
    J'aurai quelques questions privees a vous posez si vous le voulez bien.
    Merci !

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