02 - Qui sont les Maquilleurs sur un film ?

 

Le maquillage est un métier mal connu. On parle des maquilleurs SFX, de la maquilleuse (voir ci-dessous ce que cela sous-entend), mais on ne sait pas clairement quels sont leurs points communs et leurs différences. On ne connaît pas suffisamment bien les maquilleurs : s'ils sont cités discrètement et rapidement au générique, ils ne sont pas reconnus en France par les César ou les Molière. De plus, aucune école de cinéma n’enseigne aux futurs réalisateurs ou directeurs de production les véritables ressources que pourrait leur offrir le maquillage, ni comment travailler avec les maquilleurs, encore moins à réserver au maquillage une place budgétaire suffisante. Or, le maquillage est une discipline créative à part entière du cinéma, et peut contribuer largement au succès d'un film, comme nous l'avons vu dans la chronique précédente. 

Précisons tout de suite qu’un maquilleur de cinéma n’est pas une esthéticienne, et inversement, malgré une fâcheuse confusion remontant à l’époque où la télévision française publique produisait régulièrement des fictions et devait administrativement recruter son personnel intégré sur un diplôme reconnu par l’Etat. Comme, à part la Carte Professionnelle délivrée alors par le CNC à des maquilleurs déjà longuement expérimentés, il n’existait pas de diplôme national de maquilleur (énorme lacune de l’administration française, c’est encore le cas aujourd’hui en 2013), quelqu’un – et ce n’était sûrement pas un professionnel du maquillage de spectacle – a trouvé que ce qui s’en rapprochait le plus était le diplôme d’esthéticienne.

Or, il y a autant de rapport entre une esthéticienne et un maquilleur de cinéma qu’entre un cardiologue et un dentiste, et ce n'est méprisant pour personne : il y a certains points communs (maquillage de beauté, par exemple) mais aucune esthéticienne ne fera normalement dans son institut un vieillissement, une blessure ou une barbe, alors qu’elle y vendra des produits cosmétiques et des soins, ce que le maquilleur ne fera pas. De plus, un maquilleur compétent pourra travailler pour le cinéma, long ou court métrage, la télévision, le théâtre, la publicité, la photo,  etc…

Alors, voyons un peu qui est qui et qui fait quoi, les fonctions et attributions de chacun. 

A quoi pense t-on quand on dit « maquillage » ?

Posez la question autour de vous, il y aura deux réponses principales à cette question. Ces réponses sont ancrées comme des clichés dans la tête des gens non avertis de la réalité des choses, les débutants, les profanes ou les amateurs :

  • Aux effets spéciaux, les monstres, les têtes qui éclatent, le sang, etc… Ce cliché valorise excessivement le métier, et fait penser que le maquillage est inaccessible à la plupart des budgets, alors que cela réclame énormément de temps et beaucoup de fournitures très chères ; pourtant, même si on peut le regretter, on ne fait pas beaucoup de monstres dans le cinéma professionnel français de long métrage.
  • A la maquilleuse qui va poudrer le nez des invités d’un plateau de news en une ou deux minutes pour leur "éviter de briller". Ce cliché tenace est si réducteur du travail de maquillage qu’il en est ridicule, mais pour beaucoup de gens qui ne s’intéressent qu’à leur propre travail, voire à leur propre personne, il représente tout le travail et tout le temps qu’il faut pour « maquiller ». (C'est d'ailleurs souvent une demande de ce type qu'on voit sur les annonces recherchant des "maquilleurs/euses", mais ceux qui les passent ne connaissent pas le maquillage, à l'évidence.) 

C’est évidemment très différent de la réalité. D’un extrême à l’autre, la palette des activités du maquilleur est beaucoup plus large. Je vais vous exposer les différents aspects de son travail.

Par parenthèse, disons tout de suite que j’emploie le mot maquilleur quand il désigne la fonction, et non la personne, ainsi que le veut la langue française. Je sais parfaitement qu’il existe de nombreuses personnes maquilleuses, et je les respecte profondément, aussi ne me faites pas un procès en machisme, svp. Le métier se portera mieux si on dépasse très vite ce genre de choses si néfastement réductrices.

A ce propos, je remarque de plus en plus souvent que si on parle toujours des chefs de service, donc de la fonction de – chef-opérateur, cadreur, steadycameur, ingénieur du son, décorateur, électricien ou machiniste, etc…–  au masculin, on parle aussi quasi systématiquement d'une maquilleuse et non d'une chef maquilleuse, et encore moins d'un chef maquilleur. Il semble y avoir là une intention péjorative, plus ou moins consciente, comme si l'on semblait vouloir minimiser le travail (pour que ça coute moins cher ?) et laisser les "petits" travaux ("– Va le poudrer, tu vois pas qu'il brille ?…") à une maquilleuse – genre stagiaire à peine compétente, mais faut bien quelqu'un pour faire ce "petit truc", à peine considéré comme un vrai boulot… – et les "grands" à je ne sais qui. Non, désolé ! il n'y a ni "petit" maquillage, ni "petit" personnel – quel que soit le sexe – au maquillage, et c'est un non respect de la fonction professionnelle autant que de la langue française que de s'exprimer ainsi. Un maquilleur seul est un chef de service responsable et aussi compétent que souhaitable pour faire tout type de maquillage, du simple poudrage sur un plateau journalistique aux prothèses les plus élaborées. Ainsi la fonction doit donc être mise au masculin comme pour tous les autres postes, même si une femme est engagée pour remplir cette fonction. Parle t'on d'une chef opératrice ou d'une ingénieuse ou ingénieure du son ? Ce serait parfaitement ridicule, et pourtant il y a des femmes qui font ces métiers et elles les font bien. Il n'y a pas, non plus, que des femmes qui font le métier du maquillage, ni en France, ni à l'étranger, même s'il y en a de plus en plus. Il n'y a donc pas de raison de demander une maquilleuse systématiquement, ce serait une demande discriminatoire, et donc illégale, à moins que cela ne démontre une tendance machiste ou un manque de culture. Les maquilleurs ne sont pas moins dignes de respect et de considération que les autres techniciens, réalisateurs, chef opérateurs, ingénieurs du son, ou autres, sous prétexte que leur fonction n'est pas la même, ni enseignée aux futurs réalisateurs dans leurs écoles de cinéma. 

Les différents maquilleurs et coiffeurs sur un film

Le rôle du maquilleur est loin d’être unique. Vous aurez déjà deux sortes de maquilleurs : Le chef maquilleur qui sera engagé avec son équipe (assistant(s) et stagiaire) par la production avant le tournage, et les renforts maquilleurs qui viendront au coup par coup lorsqu’une grosse distribution sera présente sur le plateau (nombreux acteurs, grosse figuration, besoin de maquillage très soigné ou de blessures en quantités importantes, etc…). Ces renforts devront bien évidemment être aussi compétents que les chefs, mais ce sera aussi l’occasion de faire débuter les jeunes maquilleurs au milieu de collègues expérimentés. Nous reverrons ce point très important plus loin.

Toute personne qui maquille est donc un "maquilleur", quel que soit son niveau. Les graduations dépendent en conséquence du niveau obtenu. Nous aurons des apprentis (les stagiaires) et des maquilleurs de deux niveaux : les assistants qui débutent et apprennent encore leur métier, et ceux qui, maquilleurs déjà bien expérimentés, sont déjà capables de prendre la responsabilité d'un film à tous égards. C'est parmi ces derniers qu'une production choisira son maquilleur qui deviendra alors "chef"-maquilleur, responsable du service par rapport à la production du film considéré. Un chef confirmé pourra donc travailler comme maquilleur adjoint sur un film sans en être le responsable en titre, mais avec un niveau de responsabilité et un salaire supérieurs à un jeune assistant décrit précédemment.

Commençons par définir précisément les différents postes de maquilleurs et coiffeurs, l’organigramme des fonctions du service, tels qu’on les trouve sur tout film professionnel normal, c’est à dire à budget normal et durée normale. Nous verrons dans une autre chronique consacrée au prix du maquillage comment ça se passe sur les films à petit budget ou les films de réalisateurs débutants ou amateurs.

Ces fonctions sont définies basiquement en termes juridiques dans la Nouvelle Convention Collective, reprenant basiquement les anciennes descriptions des postes du C.N.C., ce qui semble bien confirmer le regret de la disparition des Cartes Professionnelles, mais je les précise ici plus en détail techniquement parlant. 

Le chef Maquilleur-Posticheur

Pour être efficace sur un tournage, le chef maquilleur devra avoir eu le temps nécessaire pour préparer le film avant le tournage et les maquillages : lire scénario et plan de travail et faire son dépouillement, c’est à dire relever les effets requis, les vieillissements éventuels, les postiches à prévoir, et les fournitures pour l’ensemble du tournage. Il lui faudra donc quelques jours pour réfléchir intellectuellement à tout cela, concevoir les maquillages et comment réaliser les effets demandés, chercher où trouver les fournitures et choisir les collaborateurs les plus appropriés en fonction de leurs compétences propres. Il faudra faire une estimation du coût de ces frais et voir avec le directeur de production les limites budgétaires. Puis, après accord, il pourra commencer à fabriquer ses effets, faire des essais, etc… Cette préparation, qui ne peut évidemment pas se faire le matin même du tournage, pourra prendre quelques jours ou quelques semaines selon l'importance du projet, mais elle est vitale pour un bon résultat. Nous parlerons plus loin du cas, malheureusement de plus en plus fréquent, où la production n’a pas prévu le budget nécessaire, mais pour l’instant poursuivons.

Le chef maquilleur (en ce sens, Make up Designer = Concepteur des maquillages) déterminera donc la marche à suivre et le travail à faire et répartira les tâches à son équipe. Il sera le responsable du service et l’intermédiaire entre la production et les autres maquilleurs. Il gérera le budget et l'achat et la distribution des fournitures sous sa responsabilité. Il s’occupera de concevoir avant tournage les maquillages, perruques et postiches de tous les personnages et réalisera lui-même pendant le tournage le maquillage, postiches faciaux compris, du ou des principaux artistes selon les difficultés et le temps requis. En français, on dira que c'est un chef maquilleur posticheur, précision inutile en anglais car on ne peut prétendre être maquilleur si on ne fait pas aussi les postiches faciaux.

En revanche, s’il peut éventuellement poser un faux crâne ou une perruque d’homme déjà coiffée, donner un coup de peigne ou de brosse, le maquilleur n’est pas censé réaliser une coiffure complète, faire une teinture permanente ou un chignon élaboré pour un film d'époque. Reconnaissons qu'il a déjà assez à faire, même si cela ne parait pas évident à tout le monde.

De plus, il faut un certain temps pour maquiller, plus (+) un certain temps pour coiffer. Ce n'est pas parce qu'on n'engagera qu'une seule personne pour les deux fonctions que cela prendra moins de temps, sauf au détriment du travail des deux qualifications. Donc, si le maquilleur passe son temps à coiffer, il faudra en prendre un autre pour s'occuper des autres personnages. Autant prendre un maquilleur pour faire les maquillages et un coiffeur pour faire les coiffures. L'expérience démontre que les productions à petit budget qui demandent des maquilleurs-coiffeurs (ou des coiffeurs-maquilleurs) ne sont pas les meilleures, ni les plus solides financièrement. Donc, si vous ne voulez pas donner de vous-même la très mauvaise image d'un maquilleur au rabais, vous ne perdrez pas grand chose (car elles ne vous proposeront pas de gros salaires, de toutes façons) en refusant de faire les deux métiers pour le prix d'un seul, et la qualité de la référence ne serait pas vraiment intéressante pour vous, futurs maquilleurs. Les productions sérieuses savent bien qu'il faut un maquilleur et un coiffeur pour avoir un bon et beau travail. Elles connaissent le prix des choses et prévoient approximativement dans leur plan de financement le budget nécessaire pour payer correctement ce qu'elles veulent. Comme vous et moi, quand nous allons faire nos courses.

La journée des maquilleurs commence toujours une ou plusieurs heures  avant la journée de tournage de l'équipe pour préparer les comédiens. C'est pourquoi certains, peu au fait du dessous de l'iceberg, pensent à tort que les maquilleurs ne font "pas grand chose"… Pourtant, ils assurent sur le plateau la tenue du maquillage par une surveillance attentive constante et font ces fameux "raccords maquillage" qui font partie intégrante de leur travail, comme du travail du film.

Quand il n’y a qu’un seul maquilleur sur un projet, il est légalement considéré comme "chef maquilleur". Il y avait jusqu'à fin Juillet 2009 une Carte Professionnelle délivrée par le CNC, seule accréditation officielle, faute d’un diplôme national sanctionnant un enseignement professionnel commun à toutes les écoles de maquillage du pays. Administrativement, le chef-maquilleur a un statut de "cadre" et cotise donc à ce titre à une caisse de retraite complémentaire spécifique. 

Un cas particulier : le maquilleur de la star

Il arrive souvent qu'une star (homme ou femme) impose à la production d'avoir son maquilleur exclusif. Dans ce cas, celui-ci est considéré – et doit être payé – comme un chef-maquilleur à part entière, et doit s'occuper d'absolument tout ce qui a trait au maquillage de son artiste : conception, fournitures, et réalisation du travail. Il commandera ou réalisera lui-même les postiches faciaux de son comédien, posera un toupet ou une perruque que le coiffeur (de la production ou personnel) aura préparé, mais un chef coiffeur dument qualifié devra faire les coiffures élaborées d'un homme (films d'époque) ou d'une femme (toutes époques).

En outre, il devra réaliser - ou faire réaliser sous sa responsabilité - et poser et maquiller les prothèses éventuelles. (Cf. ci-dessous : Le chef maquilleur-prothésiste). 

Le(s) maquilleur(s) assistant(s)

Ils seront là pour exécuter le travail confié par le chef maquilleur et en assurer la surveillance dans la journée. Ils sont engagés – en principe – pour la totalité du film. Au besoin, ils aideront le chef maquilleur à réaliser les travaux préparatoires ou le maquillage difficile d’un acteur (vieillissements, prothèses, blessures, postiches, etc…). Leur rôle est donc très important, et pourra parfois être confié à des chefs maquilleurs expérimentés selon les besoins. Ce n’est donc plus seulement qu'un simple stagiaire apprenti, mais un compagnon, potentiellement un autre maître, compétent, comme le chef maquilleur, capable de remplacer immédiatement le chef en cas d’accident invalidant en extérieurs. Le niveau de son salaire doit donc respecter et refléter cette compétence.

Ce "1er Assistant" hautement qualifié pourra alors superviser d'autres assistants récemment promus à ce niveau après avoir accompli leurs stages. Leurs responsabilités seront sans doute relativement les mêmes, mais sur des personnages de moindre importance ou de figuration, ou pour assister les chef et 1er Assistant pour des maquillages nécessitant plusieurs maquilleurs, et cela leur permettra de peaufiner leur apprentissage pour obtenir un bon niveau.

S'il n'est pas déshonorant d'être ainsi assistant de chefs ou de 1ers assistants compétents et expérimentés, non seulement on apprend rien d'utile à travailler comme assistant de soi-disant chefs qui n'ont pas de réelle expérience, ou de camarades de promotion de même niveau, si gentils soient-ils, mais on risque de prendre des défauts qui seront ensuite difficiles à corriger (les mauvaises habitudes se prennent vite et se gardent longtemps), et/ou de se créer une mauvaise réputation dont on aura beaucoup de mal à se débarrasser par la suite.

Il n'existait pas de carte d'assistant maquilleur au CNC. 

Les renforts

Autrefois appelés extras, les renforts seront convoqués selon les besoins supplémentaires quand l’équipe complète permanente du tournage ne sera pas suffisante. Ce n’est pas du tout du personnel inutile, " budgétivore ", mais une aide indispensable à la bonne image du film sur l’écran.

Il est souhaitable de ne pas dépasser en moyenne 10 figurants à maquiller par maquilleur pour des maquillages normaux et modernes, 6 à 7 pour des personnages d’époque avec postiches ou blessures : ces maquillages prennent autant de temps à réaliser que pour les acteurs de premier plan, en bien ou en mal ; il vaudra donc mieux chercher à les faire bien.

Intégrer des jeunes maquilleurs en renforts parmi d'autres maquilleurs plus expérimentés leur assure une meilleure formation et permet aux plus anciens de voir sur qui ils pourront compter à l'avenir en les voyant travailler. C'est une importante constante de la vie professionnelle. 

Le (ou la) stagiaire

La législation actuelle est formelle : il ne peut y avoir qu’un seul stagiaire par service et par film. Il faut aussi que tous les postes (chef et assistants) soient pourvus avant de prendre un stagiaire. Au maquillage aussi, donc.

Un stagiaire est un apprenti – et ce n'est pas péjoratif, loin de là – présent non pour faire le travail d’un maquilleur qualifié mais pour apprendre son métier en regardant faire les professionnels expérimentés. On ne peut donc pas en attendre beaucoup plus qu’une simple aide gracieuse, contrairement aux souhaits déraisonnables de certaines productions qui n’ont pas prévu un budget suffisant pour réaliser normalement leur film : en toute logique, même si elle peut le devenir, la petite cousette n’est pas encore Coco Chanel et ne sait pas encore faire tout ce que peut sa patronne. De même dans le maquillage. On pourra pourtant lui confier quelques maquillages sans risques en figuration afin de participer à sa formation.

Le stagiaire devrait être toujours payé un minimum afin d’être couvert par la Sécurité Sociale en cas d’accident du travail.

Il est toujours bon de bien former un stagiaire, pour pérenniser le métier dans de bonnes conditions. Mais, quel que soit son niveau réel, tout élève sortant d'une école doit, en toute logique, faire des stages sur des longs métrages, ainsi que le plus possible d'assistanats avant d'accepter de faire un film tout seul, même un court-métrage, car le métier ne se résume pas seulement à mettre des produits sur un visage, il y a aussi la vie de plateau à découvrir, et ça ne s'apprend évidemment pas à l'école.

Pour trouver un stage, voyez : Comment devenir maquilleur, 2e Partie.

Pour plus d'information sur le rôle du stagiaire pour qu'un stage se passe bien, voyez : Stagiaire maquilleur au cinéma : Les Règles du Jeu

Le chef-maquilleur prothésiste

Même si en théorie tout chef maquilleur doit être compétent dans tous les domaines et savoir faire ses propres prothèses, la pratique d’aujourd’hui reconnaît le statut hautement spécialisé de prothésiste : il conçoit, réalise et pose, ou fait poser sous sa responsabilité, les prothèses d’un acteur pour un vieillissement complexe ou une blessure importante. Sa place est donc absolument de tout premier plan dans l’équipe maquillage d’un film. Il a rang de chef-maquilleur, et peut avoir des assistants prothésistes spécialisés. Son salaire est au moins celui d'un chef maquilleur et souvent supérieur, compte tenu des compétences supplémentaires quand le chef ne sait pas faire lui-même les prothèses.

Compte tenu des temps avant tournage de préparation en laboratoire de certains maquillages, parfois plusieurs semaines, ce poste est réputé cher, mais son salaire est toujours amplement mérité et justifié. Le prix d’une prothèse ne doit donc pas se calculer ni s'estimer en fonction du seul poids de matière utile, encore moins du temps où on verra le travail à l'écran. Je détaillerai plus tard la fabrication d’un vieillissement sérieux pour vous montrer tout le travail mis en œuvre et le temps indispensable avant d’avoir un résultat satisfaisant. Mais soyez bien conscient déjà qu’on ne peut pas bousculer le temps et faire continuellement de la corde raide sans risque.

Les techniciens de laboratoire

Aux USA et en Grande Bretagne, la liste est très longue sur les génériques de tous ces techniciens qui constituent l'équipe d'un chef-maquilleur SFX sur un projet important : mouleurs, sculpteurs, spécialistes des produits (mousse latex, silicone, etc…), implanteurs de cheveux, spécialistes dentaires ou oculaires, qui concourent à la réalisation d'un projet de grande envergure.

Chaque maquilleur devrait théoriquement connaître un minimum de ces techniques de sculpture et moulage pour pouvoir faire face à tout problème courant simple sur un tournage.

Ce ne sont pas les techniciens hautement qualifiés compétents dans ces domaines, même s'il faut parfois se donner la peine de les chercher un peu, qui manquent en France, ce sont les projets d'ampleur budgétaire suffisante pour les réunir, ainsi que la considération financière qui devrait être accordée au maquillage et à ceux qui le font. Le maquillage ne se fait pas d'un coup de houppette magique : comme dans les usines ou dans les ateliers de confection des costumes ou des décors, il faut des personnes et du temps. Il serait grand temps que les productions et les écoles de cinéma acceptent de s'en rendre compte, et que cela soit enseigné aux futurs réalisateurs.

Le chef coiffeur-perruquier

Toute personne qui coiffe, élabore une coiffure complète, décolore, teint ou coupe des cheveux, est un «coiffeur». Dans le monde entier de la cinématographie (cf. à l’âge d’or d’Hollywood), le chef maquilleur est responsable de l’ensemble du maquillage et de la coiffure depuis toujours. Le chef maquilleur sera donc responsable de l’ensemble du département, mais fera réaliser les coiffures par un (chef) coiffeur titulaire d’un diplôme national, au moins un CAP de coiffure, car la législation française l’exige pour des raisons de qualification professionnelle minimum et de responsabilité légale vis à vis des assurances en cas de souci. Le maquilleur de cinéma français n’ayant pas encore de diplôme national, ni de CAP de coiffure dans la plupart des cas, n’a pas le droit légalement en France d'exercer le métier ni les fonctions de coiffeur, malgré le désir de plus en plus stressant de certaines productions plus préoccupées de gérer leur budget que de chercher à le compléter ou à respecter toutes les lois.

En revanche, le (chef) maquilleur fera de plein droit tout le travail de postiche facial nécessaire : pose et entretien de postiches implantés, pose de postiches au poil à poil, etc, nous en parlerons plus tard.

Le rôle du coiffeur-perruquier sera donc alors de choisir – ou faire réaliser chez un perruquier selon les directives convenues – les perruques nécessaires au tournage et que la production achètera ou louera selon son budget. Il posera ces perruques, en assurera l’entretien et le nettoyage pendant le tournage, les recoiffera le soir pour le lendemain et réalisera le matin la coiffure des principaux acteurs.

Le chef coiffeur a aussi statut de cadre et cotise en conséquence  à une caisse de retraite complémentaire spécifique.

Une bonne équipe maquilleur / coiffeur travaillera toujours en confiance dans l’intérêt commun.

Le coiffeur

Assistant du chef coiffeur, il coiffera et posera les perruques et exécutera les coiffures requises pour les autres rôles. Il récupérera les perruques le soir, les nettoiera et recoiffera pour qu’elles soient prêtes à être posées le lendemain.

Il devra légalement être lui aussi titulaire d'un C.A.P. afin d'être couvert juridiquement par les assurances en cas de problème. Comme l'atteste la Fédération Nationale de la Coiffure.

Où trouver les références légales ?

Ces fonctions type du cinéma long métrage sont bien connues des professionnels et exposées dans les textes réglementaires disponibles :

  • La Carte professionnelle a disparu des textes légaux du C.N.C. depuis qu'elle a été abrogée définitivement en 2009. Mais cette abrogation ne fait pas l'unanimité et de nombreux professionnels se battent pour faire revoir ce point.
  • La Nouvelle Convention Collective signée le 19 Janvier 2012 et étendue, ce qui signifie que ce texte fait désormais référence juridique incontestable dans tout le pays pour toute contestation éventuelle auprès du Tribunal des Prudhommes. Pour ceux que cela intéresse, ils trouveront ici l’ancienne Convention Collective Nationale de la Production Cinématographique (N° 3048), publiée au Journal Officiel par le Ministère de tutelle. Ce document date de 1950, et a connu plusieurs additions et révisions depuis lors, jusqu'à l'application au 1er Octobre 2013 de la nouvelle convention.

Comme il n’existe aucune différence dans la façon de travailler pour obtenir de bons résultats entre Long, Court métrage et Téléfilm, il est important de vous les faire connaître afin que vous sachiez bien qui doit faire quoi sur un film.

J’ajouterai, à titre d’information, que les tarifs minimums (appelés Barèmes des Techniciens ou minimums syndicaux) sont aussi disponibles en ligne (version plus claire et plus lisible ici, valable jusqu'à publication des nouvelles grilles en Octobre ou Novembre 2013), afin que ceux qui souhaitent des maquilleurs bénévoles sachent ce que coûtent vraiment ces choses qu’ils appellent improprement « pas grand-chose », « rien », « trois fois rien à faire », au mépris du temps consacré à les préparer et réaliser. Je décrirai précisément cette préparation dans une prochaine chronique.

J’ajouterai aussi, puisqu’elle existe, la convention collective de l’USPA, Union Syndicale de la Production Audiovisuelle pour certaines productions cinématographiques et télévisuelles, et les salaires minimums que cette association de producteurs accorde aux techniciens pour ses tournages. Les tarifs y sont très inférieurs mais l’expérience dans la profession semble y être reconnue par une majoration de 3% par année d’ancienneté dans le métier. Pourtant, je ne suis pas certain que 25 ans d’ancienneté entrainerait réellement une majoration de 75 % du minimum de référence dans ces productions ; il semble, au contraire, que le minimum soit la seule référence prise en compte… Encore moins un doublement du salaire de référence pour une expérience de 34 ans. Ce n'est donc apparemment pas a priori la grille de référence la plus avantageuse pour les débutants, ni, a fortiori, pour les techniciens confirmés.

Sans esprit de polémique, je m'interroge pourtant sur un point qui me paraît important, mais je ne sais pas tout, loin de là. Comme je l’ai dit plus haut, le travail à exécuter est rigoureusement le même partout, en cinéma et téléfilms, surtout depuis la HD, ainsi que le prix des fournitures indispensables, alors je me demande sur quoi sont fondées les différences de rémunération pour le même service dans le maquillage, alors que les délais sont réduits et donc le travail plus concentré, les journées plus longues et plus stressantes. Si quelqu’un peut me fournir l’explication, je l’exposerai volontiers ici. La rubrique commentaires ci-dessous sera ravie d’accueillir cette information ô combien utile aux bonnes relations entre techniciens et producteurs, employeurs et employés.

––––––––––

Maintenant que nous avons vu les attributions de chacun, nous pourrons voir dans la prochaine chronique les différents types de maquillage que l’on peut attendre d’un maquilleur de cinéma.

N'hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous ou à me poser une question personnelle directement

A bientôt…

 

 

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1 Commentaire

  • Garrel
    Posté par Garrel mercredi, 25 janvier 2017 14:54 Lien vers le commentaire

    Madame, Monsieur,

    Actuellement élève en 1ère année de BTS esthétique,cosmétique, parfumerie à l'école Catherine LORENE DE Rouen JE suis À la recherche d'un stage du 29 mai 2017 au 30 juin 2017
    Intégrer votre équipe pendant un mois représentera pour moi une réelle opportunité d'enrichir mes connaissances dans ce domaine
    Si vous désirez d'avantages d'informations c'est avec plaisir que je me rendrais disponible pour vous rencontrer lors d'un entretien
    Cordialement

    Marine GARREL







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