Alain Folgoas

Alain Folgoas

 

Entre le moment du choix du métier de maquilleur et l’escalade sur tapis rouge de l’escalier conduisant à la remise d’un Oscar, ou d’un éventuel César, il y a un grand écart que seuls deux chemins peuvent combler : l’accès direct par le miroir aux alouettes, rêve décevant parfaitement illusoire et irréaliste, ou un long effort d’implication, de travail persévérant, d’études incessantes, de rigueur, d’abnégation discrète, pour faire germer et développer un talent qui fera de vous un maquilleur recherché. Il ne s’agit pas d’apprendre à refaire le même maquillage tout au long d’une vie (ce serait vite bien triste et monotone), mais d’apprendre à créer un personnage avec les moyens les plus appropriés. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais par une progression minutieuse et patiente pour maîtriser toutes les techniques, des plus anciennes toujours utiles aux plus actuelles, avant de pouvoir faire avancer encore par la découverte de nouveaux procédés.

 

Après avoir vu dans la chronique précédente comment faire un moulage pour des petites pièces génériques à usage général, voici maintenant ce qu'il conviendra de faire pour un artiste principal, visible en gros plan, que ce soit pour une blessure se fondant parfaitement avec la peau qui l'entourera, un (relativement) simple nez, un vieillissement plus ou moins poussé (les maquillages au seul fard ne sont plus toujours assez convaincants, surtout s'ils n'ont pas été assez soigneusement conçus et essayés, aujourd'hui particulièrement en HD), une ressemblance avec un personnage historique, un zombie ou un monstre de l'espace, ou les différents déguisements d'un même personnage.

 

 

Depuis que j'ai commencé à publier ces chroniques sur le maquillage au cinéma, j'ai reçu de nombreuses demandes de précisions auxquelles j'ai répondu dans la mesure du possible directement ou en complétant les articles. Pourtant, il semble que certains jeunes réalisateurs ne comprennent toujours pas pourquoi il faut autant de temps et un peu de budget pour faire un maquillage différent du banal maquillage de ville pour leurs films.

 

 

Après avoir vu, dans la première partie, le statut du maquilleur, la voie royale d'accès au métier, la carte professionnelle de chef maquilleur, comment choisir une école, et un programme minimum à connaître pour exercer correctement ce métier, voici comment faire pour trouver votre premier travail rémunéré en tant que maquilleur professionnel.

 

 

Vous avez envie de devenir maquilleur, mais vous ne savez pas comment faire. Si vous êtes adolescent, vous vous renseignez auprès du Conseiller d’Éducation de votre collège ou lycée qui vous dira qu’il ne connaît rien d’officiel sur ce métier, mais qu’il y a des écoles privées très chères pour un avenir très incertain. Et pour cause : le métier n’existe pas encore juridiquement, donc officiellement, même s’il existe de fait depuis longtemps au théâtre et au cinéma depuis Méliès. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe encore aucun critère administratif ni cursus national commun à toutes les écoles et conduisant à un diplôme national reconnu par l’Etat.


Nul ne saurait vouloir rendre obligatoire l’usage du maquillage sur un film actuel. Pas même le maquilleur que je suis. Pourtant, si la chose est envisageable sur un reportage d’actualité ou un documentaire, ce serait bien dommage de s’en s'en moquer et s'en priver en fiction. Le film raconte une histoire avec des acteurs. Les acteurs d’aujourd’hui n’ont pas forcément la même allure que le personnage qu’ils sont chargés d’interpréter. Il peut s’agir de films d’époque – et là le recours au maquillage et postiches devient indispensable – ou de personnages plus âgés, plus jeunes, blessés ou d’extraterrestres – et là il est inévitable ; dans d’autres cas, il faudra rajeunir certains artistes, ou leur redonner une mine pimpante s’ils sont malades : on en conçoit bien la nécessité… Pour autant, la plupart des personnages de fiction ne seront pas censés être maquillés. Le maquillage devra donc à la fois servir efficacement et raconter l’histoire du personnage et ne pas se voir en tant que maquillage. Comment résoudre cette nouvelle quadrature du cercle ?

 

Le maquillage est un métier mal connu. On parle des maquilleurs SFX, de la maquilleuse (voir ci-dessous ce que cela sous-entend), mais on ne sait pas clairement quels sont leurs points communs et leurs différences. On ne connaît pas suffisamment bien les maquilleurs : s'ils sont cités discrètement et rapidement au générique, ils ne sont pas reconnus en France par les César ou les Molière. De plus, aucune école de cinéma n’enseigne aux futurs réalisateurs ou directeurs de production les véritables ressources que pourrait leur offrir le maquillage, ni comment travailler avec les maquilleurs, encore moins à réserver au maquillage une place budgétaire suffisante. Or, le maquillage est une discipline créative à part entière du cinéma, et peut contribuer largement au succès d'un film, comme nous l'avons vu dans la chronique précédente. 

 

Parler du maquillage au cinéma est un vaste sujet, si vaste qu’il faudra plusieurs chroniques rien que pour s’en faire une idée générale. Il y a tant de choses à traiter que si on commence n’importe où, n’importe comment, on va vite s’y perdre. Aussi je vais m’efforcer de sérier chronologiquement les choses, afin de garder une certaine cohérence, en commençant par un rapide (donc forcément approximatif et incomplet, vous voudrez bien me le pardonner) survol de l’historique du maquillage, des origines à nos jours.


Après quelques années de pratique, un professionnel (réalisateur, producteur, ou assistant réalisateur) est bien au courant de ce qu’implique la préparation et la réalisation d’un effet de maquillage (ou plusieurs) en termes de délais, de personnel et de fournitures, et donc de coûts. Il n’en est pas de même pour les jeunes en fin d’études, puisqu’on ne leur enseigne encore rien en 2009 dans les écoles françaises à ce sujet, ni, bien évidemment, pour les films de cinéphiles amateurs, si passionnés soient-ils.

 

 

Hélas, non, il ne s'agit encore pas d'une prestigieuse récompense française enfin attribuée au maquillage de cinéma, lui reconnaissant finalement sa juste place dans cette industrie, mais, plus prosaïquement, du coût des choses. Comme je l’annonçais dans la chronique « Qui sont les maquilleurs sur un film ? » cette chronique s’adresse en particulier aux cinéastes débutants ou amateurs qui n’ont pas (prévu) le budget maquillage nécessaire pour leur tournage et demandent des maquilleurs bénévoles et si possible à tout faire (coiffure, habillage, stylisme, chauffeur, café ou balayage - mais si, ça s’est vu…) en plus du maquillage.

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